Le cœur de la Torah

Le Lévitique est le troisième des cinq livres de la Torah. Il se trouve ainsi au cœur même de la Torah. Avec 859 versets et 27 chapitres, c’est le livre le plus court de la Torah. Dans la tradition liturgique juive, il est divisé en 10 parachiyot.

En hébreu, le Lévitique est nommé Sefer Vayikra (le livre de Vayikra), du premier mot du texte. Vayikra signifie « Et il appela ». Dieu appelle Moïse, et par son intermédiaire, il communique aux Israélites des lois, des préceptes et des valeurs. Le livre contient près de la moitié des 613 commandements de la Torah.

Le mot « Lévitique » vient du grec Leuitikon, le livre des Lévites. Dans la tradition, le livre est aussi appelé Torat Cohanim, l’enseignement des prêtres. En effet, il contient de nombreuses instructions destinées aux prêtres, qui sont membres de la tribu de Lévi (les descendants de Lévi, fils de Jacob). Ils sont chargés des rituels du culte sacrificiel.

La place du Lévitique dans les cinq livres de la Torah

Le livre du Lévitique apparaît en rupture dans le flux narratif de la Torah commencé avec le livre de la Genèse, poursuivi avec le livre de l’Exode, et qui reprend dans le livre des Nombres. Contrairement aux autres livres de la Torah, le Lévitique contient peu de récits et pas de poésie à proprement parler. Peu de mouvement non plus, que ce soit dans le temps ou l’espace. Tout se passe au pied du mont Sinaï, en un mois, le premier jour du premier jour du premier mois (Nissan) de l’année qui suit la sortie d’Égypte.

S’il y a rupture dans le style, le Lévitique est, dans son contenu, dans la continuité des livres de la Torah. La Genèse trace les racines du peuple d’Israël. L’Exode montre comment se forme ce peuple, à travers l’expérience de la sortie d’Égypte, du don de la Torah au mont Sinaï et du projet commun de construction du Michkan (Tabernacle). Le livre du Lévitique, pour sa part, définit la raison d’être de cette nation : une nation consacrée à Dieu.

« Soyez saints car moi, l’Éternel, votre Dieu, je suis saint. » (Lévitique, 19:2)

Le verset rappelle le verset du livre de l’Exode, alors que les Israélites, sortis d’Égypte, établissent leur campement au mont Sinaï:

« Et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » (Exode, 19:6)

Le contenu du Lévitique

Le thème de la sainteté traverse tout le livre du Lévitique. Les nombreuses lois et préceptes du Lévitique établissent comment Israël peut poursuivre cet objectif de « sainteté » et devenir un « royaume de prêtres ». L’essentiel de ces lois concerne l’ensemble des Israélites, et pas seulement les prêtres (Lévites).

En hébreu, le mot « sainteté » est kodech, d’une racine (qof-dalet-chin) qui signifie séparé, distinct, tout à fait autre. Dans le contexte du Lévitique, il s’agit pour Israël de se mettre à part pour Dieu, ce qui implique d’exister à l’intérieur de certaines limites et frontières. Cela se traduit à travers les notions de pureté et d’impureté et à travers le schéma du calendrier défini par Dieu (Chabbat et fêtes). Le Lévitique définit aussi les rituels qui permettent de corriger les inévitables manquements et transgressions à ces règles. C’est le rôle des rituels de sacrifice, ainsi que des rites de Yom Kippour.

Le livre peut être décomposé de la manière suivante :

  • Lois relatives aux sacrifices et offrandes que les Israélites doivent apporter au Michkan (chapitres 1 à 7).
  • Inauguration du Michkan et ordination des prêtres, suivie de la punition de deux d’entre eux, Nadab et Abihu (chapitres 8 à 10)
  • Lois relatives à la pureté, l’impureté et la purification (chapitres 11 à 15). Elles incluent les lois sur l’alimentation, la pureté personnelle et la « lèpre » (tsaraat en hébreu, un mot difficilement traduisible).
  • Rituels de Yom Kippour (chapitre 16)
  • Lois de sainteté (chapitres 17 à 26), partie appelée « Code de sainteté », et leur appendice (chapitre 27)

Le Code de sainteté constitue une unité littéraire en raison de l’utilisation fréquente du terme kadoch, « saint ». La partie la plus connue est sans doute le chapitre 19 qui fait écho au Décalogue et combine lois rituelles et éthiques. Il inclut l’un des versets bibliques les plus connus :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel » (Lévitique, 19:18)

Les messages du Lévitique

Le Lévitique définit la raison d’être d’Israël. Les Israélites forment une communauté, unie par une destinée commune et un mode de vie ordonné par Dieu. Ils se voient accordés la Terre promise à condition de suivre les lois de Dieu et de rester fidèles à son Alliance.

Le rite et l’éthique s’articulent pour transformer l’être humain et le rendre conscient de ses devoirs envers Dieu et envers les autres.  La « sainteté » ne signifie pas une séparation de la société, mais au contraire nécessite de vivre dans la société. C’est sur la base de ces concepts moraux que nous pouvons nous rapprocher de Dieu et affirmer la valeur de toute vie.

La particularité des Israélites ne se comprend qu’à travers un message universel. Le Lévitique définit à la fois des lois qui ont distingué les Israélites des autres nations, et des préceptes moraux fondamentaux qui ont largement formé la civilisation occidentale.

Le Lévitique pose de nombreux défis au lecteur contemporain, tant son vocabulaire et ses thématiques nous semblent très lointains. Mais il offre des questions très actuelles : comment peuvent fonctionner une société et une communauté religieuses? quel est le rôle d’Israël? comment, individuellement et collectivement, est-il possible de rencontrer Dieu? comment pouvons-nous interagir les uns avec les autres?