Lors du Chabbat Chouva qui précède Yom Kippour, on lit les parachiot Nitsavim et Vayelekh ou, comme cette année, la paracha Vayelekh (Deutéronome, 31).

Au début de la paracha Vayélekh, Moïse, à 120 ans, se prépare à la mort et nomme publiquement son successeur, Josué. Moïse écrit « haTora hazot » (cette Tora ou cet enseignement), qu’il donne aux Lévites et aux anciens. Selon les commentateurs, le terme « cet enseignement » désigne le livre du Deutéronome mais pour d’autres, il s’agit de toute la Tora. Le fait de la donner aux Lévites et aux anciens peut signifier que la Tora n’est pas seulement confiée à une autorité religieuse (les Lévites) mais aussi à des autorités civiles.

Moïse ajoute que tous les sept ans, lors de l’année chabbatique (année de repos de la terre), au moment de la fête de Souccot, ces autorités devront réunir l’ensemble du peuple d’Israël pour lire à voix haute la Tora.  À l’époque biblique, Souccot était la fête qui attirait le plus de pèlerins à Jérusalem. Comme cette fête avait lieu après l’engrangement des récoltes, c’était une période où les gens pouvaient se sentir plus tranquilles car ils avaient des réserves de nourriture et leur esprit pouvait être plus disponible à l’enseignement.

Cet extrait du Deutéronome assure que le contenu de la Torah ne sera pas connu seulement d’une élite intellectuelle ou religieuse mais de l’ensemble du peuple. En effet, il est écrit :

« Rassemble ton peuple : les hommes, les femmes, les enfants et l’étranger qui vit en tes portes pour qu’ils entendent et pour qu’ils apprennent. » (Deutéronome, 31:12)

Selon ce verset, la connaissance de la Torah n’est pas réservée à un petit groupe mais appartient à chacun, quel que soit son âge, son sexe, son statut (Israël ou étranger). En particulier, le verset ne fait pas de distinction entre hommes et femmes. Dans le Talmud, certaines autorités affirment qu’il n’y a pas d’obligation à enseigner la Torah aux femmes (ce qui peut d’ailleurs être compris comme l’absence d’interdiction). Mais d’autres autorités rabbiniques affirment le contraire. Ainsi, selon Ben Azzai, un homme a l’obligation d’enseigner la Torah à sa fille (JT Hag 1 :1). Cette approche est un pilier du judaïsme libéral : non seulement hommes et femmes ont l’obligation d’enseigner à tous les enfants, garçons et filles, mais cet enseignement se fait, hommes et femmes ensemble et de manière égalitaire.

Comment la tradition juive a-t-elle traduit l’obligation d’entendre la Torah en public alors qu’il n’y a plus de Temple ? Depuis une période que l’on fait remonter au 3e siècle avant notre ère, la pratique a été instaurée de faire une lecture publique de la Torah quatre fois par semaine. On lit une section de la Torah, le lundi matin, jeudi matin, Chabbat matin et Chabbat après-midi. On lit l’ensemble de la Torah sur un cycle d’une année ou de trois années selon les synagogues. Selon la tradition, tout comme l’homme ne peut pas vivre plus de trois jours sans eau, il ne peut pas vivre plus de trois jours sans Torah.