On connaît généralement Roch Hachana comme le Nouvel An. Mais la tradition juive ne compte pas un mais quatre Nouvels Ans ! En effet, selon la Michna, il existe un Nouvel An pour les rois, un pour les animaux, un pour les années elle-même (le 1er de Tichri, connu sous le nom de Roch Hachana) et un pour les arbres, Tou Bichvat (Roch Hachana, 1).

Tou Bichvat, le Nouvel An des Arbres

Le nouvel an des arbres a lieu le 15e jour du mois de Chevat, ce qui correspond à la pleine lune.

Le mois de Chevat est le 11e mois dans le calendrier juif qui commence avec le mois de Nissan. Il compte 30 jours et correspond aux mois de janvier-février dans le calendrier grégorien. En Israël, c’est l’époque où commencent à fleurir les amandiers, qui sont les plus précoces parmi les arbres fruitiers.

Tou Bichvat signifie littéralement « 15 en Chevat ». « Tou » vient du mot 15 en hébreu qui s’écrit avec les lettres tet (valeur numérique 9) et vav (valeur numérique 6). On n’écrit pas 15 avec le yod qui a la valeur numérique 10 et qui a la valeur numérique 5 car cela correspond à l’un des noms de Dieu.

L’origine de Tou Bichvat

Dans les temps anciens, Tou Bichvat était une date importante car elle marquait le début d’un nouveau cycle de prélèvements sur la terre d’Israël. Chaque année, ceux qui produisaient des fruits devaient en prélever une partie pour les redonner. Ce prélèvement participait d’une forme de redistribution dans un but de justice sociale. De plus, le Nouvel An des arbres servait de référence pour compter l’âge des arbres. Or il était interdit de manger ou tirer profit des fruits d’un arbre pendant les trois premières années de l’arbre. Pendant la quatrième année, tous les fruits devaient être apportés à Jérusalem pour y être mangés. Toutes ces restrictions n’étaient levées qu’à la cinquième année (Lévitique, 19:23-25).

Tou Bichvat réinventé

Ces lois agricoles s’appliquant uniquement en terre d’Israël, la date de Tou Bichvat a longtemps perdu son importance dans l’année juive.

Au 16e siècle, les Kabbalistes de Safed ont repensé ce moment de l’année. Ils ont institué la pratique de manger toute une variété de fruits en lisant des textes. Ils créèrent ainsi un rituel, sur le modèle du Seder de Pessah : le Seder de Tou Bichvat.

Avec l’essor du sionisme et la création de l’État d’Israël au 20e siècle, Tou Bichvat a repris de l’importance et gagné une certaine popularité. Toutefois, cela reste une fête mineure du calendrier, même si certains la connaissent mieux que certaines fêtes très importantes pour la tradition juive.

Aujourd’hui, les enfants des écoles en Israël plantent des arbres à Tou Bichvat. En diaspora, certaines familles ou communautés juives plantent un arbre dans leur jardin. D’autres font un don au Fonds national juif pour financer la plantation d’arbres en Israël. Certains font un Seder qui, en l’absence d’une liturgie établie, laisse beaucoup de champ à la créativité.  Tou Bichvat est aussi devenu un jour privilégié pour célébrer la nature et réfléchir aux enjeux environnementaux.

Cette année, Tou Bichvat commencera le vendredi 10 février au soir.

 

Photo © Joseph Monter Martinez