Le dernier numéro du magazine Tenou’a « atelier de pensées juives » (au pluriel !) nous invite à réfléchir sur un thème majeur : la violence. Qu’en dit le judaïsme ? Qu’en disent nos textes ? Enfin, qu’en disons-nous aujourd’hui ?

Ce numéro de Tenou’a explore la question de la violence et ses implications autour de quatre thèmes : la violence et le texte biblique, la violence faite au frère (avec notamment un article sur les réseaux sociaux), la violence faite à l’autre, images de la violence.

Ce numéro de Tenou’a été conçu en partenariat avec le Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française, qui s’est tenu les 19 et 20 mars à Paris.

Violence et silence

Dans son éditorial, le Rabbin Delphine Horvilleur part de l’épisode du meurtre d’Abel par Caïn dans le livre de la Genèse :

« Tandis qu’ils étaient aux champs, Caïn dit à Abel son frère… Il se jeta sur Abel son frère et le tua ». (Genèse 4:8)

Le verset semble incomplet. Qu’a dit Abel à son frère ? Delphine Horvilleur nous invite à chercher le sens de ce silence :

« La violence en hébreu se dit alimout et partage sa racine sémantique avec un autre mot, ilem, qui désigne l’homme frappé de mutisme. L’étymologie hébraïque suggère ainsi que la violence est parfois le langage de celui qui ne dispose pas de mots ou qui ne parvient pas à les utiliser. À défaut de pouvoir dire, Caïn se jette sur l’autre et le tue.

La sagesse hébraïque reconnaît là que la violence est peut-être un non-dit ou un mal-dit, et que les mots auraient pu prévenir le passage à l’acte. Mais les rabbins n’ont pas pour autant la naïveté de croire que toute parole n’est qu’apaisement ou douceur. Ils savent bien que les mots ont ce pouvoir ambivalent de guérir ou de tuer, de bénir ou de maudire. Bien des récits du Talmud explorent ce pouvoir paradoxal, et la possibilité pour le langage et la controverse d’apaiser ou d’envenimer les choses, d’éradiquer la violence ou, au contraire, de la susciter. (…)

À peine son meurtre commis, et tandis que Dieu lui demande où est Abel, Caïn reprend la parole : « Suis-je le gardien de mon frère ? » Et sa question résonne comme un déni de culpabilité : en quoi ma responsabilité est-elle engagée ? Son interrogation traverse le texte et les siècles pour s’adresser à nous, témoins d’autres violences. Comment nous faire les gardiens de nos frères et engager notre responsabilité sans nier la leur ? « 

L’édito du Rabbin Delphine Horvilleur, Tenou’a, no 167, printemps 2017 page 5

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