Le dernier numéro de Tenou’a interroge la relation entre Juifs et Chrétiens dans les textes et dans l’histoire ancienne et moderne.

Avec notamment un très intéressant article de David Isaac Haziza sur ce verset du psaume 22 bien connu des Chrétiens : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as Tu abandonné? »

Juifs et Chrétiens, le doute en commun

“Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné?” Ces mots de douleur prononcés, selon les Évangiles, par Jésus sur la croix, sont empruntés au Psaume 22. En cet instant dramatique constitutif du christianisme, le choix de ces paroles ne renseigne pas uniquement sur la judéité de Jésus, mais aussi sur ce qui nous relie à nos frères chrétiens: ce lien, ce n’est pas une certitude mais un doute.

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné, loin de mon salut et des paroles de mon rugissement ? Mon Dieu, j’appelle au jour et Tu ne réponds pas, à la nuit : nul repos pour moi.” (Psaumes, 22:2-3)

Il n’est pas innocent que ces paroles du Psalmiste soient aussi les dernières prononcées par Jésus sur la croix : ce qui nous relie à nos frères chrétiens n’est pas une certitude mais un doute. “Depuis la sixième heure il y eut des ténèbres sur la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure Jésus clama à grande voix : […] Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” (Matthieu, 27:45-46)

Ce n’est pas seulement le pieux qui doute ici : c’est Dieu. L’incarnation l’exigeait : le doute, c’est l’homme et si Dieu s’incarne, il lui faut douter.

Dans la nuit de Gethsémani, Jésus doute déjà, il a peur, il pleure, son âme est “triste à mourir”. Moi, je lis cette scène comme un Juif incrédule, elle me touche à la manière d’un beau conte ou comme le témoignage des souffrances de l’un des miens, un parmi d’autres. Seulement, je ne peux m’empêcher de songer aussi à ce qu’elle doit évoquer aux entrailles du croyant qui la lit, du Chrétien pour lequel ces larmes de désespoir sont celles de Dieu même, de Dieu fait homme. Ce doit être l’abîme des abîmes.

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