Par Rabbi Tom Cohen, synagogue Kehilat Gesher de Paris

Rabbin Tom Cohen

Rabbi Tom Cohen

En tant que juif sérieux et rabbin (j’espère que ce n’est pas une contradiction insurmontable), j’apprécie beaucoup comme mes amis chrétiens préparent et célèbrent leur fête de Noël en cette période de l’année.

Vous ne vous attendez peut-être pas à entendre cela d’un rabbin, mais je trouve merveilleux de voir le sérieux avec lequel d’autres peuvent prendre leurs propres engagements et pratiques religieux. Cela devrait tous nous inspirer à prendre nos propres traditions et enseignements avec une intention et un intérêt sincères !

Je suis prêt à passer pour un optimiste, mais ce que j’aime vraiment dans cette période de l’année, c’est que des personnes de bonne volonté s’efforcent ensemble de placer ce qui est sacré et a du sens au-dessus du profane. Même si nos différentes traditions religieuses s’y emploient de manière manifestement distincte.

C’est pourquoi j’ai toujours été dérangé de voir comment certains sont prompts à séculariser, commercialiser et « déchristianiser » la fête de mes voisins chrétiens et ses symboles.

Prenons, par exemple, le sapin de Noël. Il n’est peut-être pas aussi central que la crèche. Cependant, l’arbre à feuilles persistantes est devenu au fil du temps un symbole important de la « vie éternelle » pour nos frères et sœurs chrétiens, même s’il peut avoir des origines païennes. Si la coutume du sapin n’a rien à voir avec Noël et le christianisme, comme certains ont tendance à prétendre, je me demande bien pourquoi alors PERSONNE ne décore sa maison de pins ou d’épicéas odorants à d’autres moments de l’année, par exemple en mars ou en août ? Après tout, ce serait tout aussi joli, festif et parfumé !

Si l’on veut véritablement examiner le bien-fondé de cette question, la réponse s’impose comme une évidence dérangeante. Malgré ses origines, le sapin a pris une signification particulière et est devenu quelque chose de très chrétien.

Quand on vient dans une synagogue à l’occasion de l’une de nos fêtes, on va identifier les symboles religieux sans les confondre avec des symboles séculaires. Je suppose que si les gens se rendent dans une synagogue, c’est pour voir des symboles juifs et recevoir des enseignements juifs. En hébreu, le mot  « saint » (Kadosh) signifie « mis à part ». Ce concept exprime l’idée de trouver l’extraordinaire dans ce qui est, à première vue, simplement « ordinaire » et banal.

Lorsque nous diluons les symboles et les croyances religieuses des autres en cherchant à être plus universalistes et plus ouverts, nous nous appauvrissons spirituellement. Ce faisant, nous rendons le symbole même que nous espérons normaliser, moins saint, moins sacré et moins spécial.

C’est pourquoi, pour des raisons très différentes de celles de certains politiciens et experts, je pense que remettre le « Christ » au centre de Noël est de la plus haute importance aujourd’hui dans nos sociétés multiculturelles, afin de pleinement apprécier et valider nos propres identités.

Enfin (je le signale à mes amis chrétiens dans ma capacité rabbinique), le sens profond de Noël comprend certes de reconnaître Jésus comme leur sauveur, mais aussi – depuis sa naissance et sa circoncision le jour de l’An jusqu’à sa mort et son enterrement à Pâques – de reconnaître qu’il était un Juif pratiquant  🙂

Joyeux Noël à tous ceux qui le célèbrent, et très joyeuses fêtes de fin d’année à tous !