Chabbat, le septième jour de la semaine juive, est souvent compris comme jour de repos. Pourtant, le Chabbat n’est pas tout à fait un jour de repos, en tout cas pas dans le sens où on l’entend communément.

En fait, le mot Chabbat ne signifie pas « repos » mais plutôt « cessation ».

Le Chabbat dans le récit de la Création

L’idée de Chabbat apparaît dans la Bible au premier chapitre de la Genèse dans le récit de la Création. Il s’agit alors non du Chabbat des hommes mais du Chabbat de Dieu.

Dieu acheva au septième jour l’œuvre faite par lui ; il cessa (vayichbot) au septième jour toute l’œuvre faite par lui. Dieu bénit le septième jour et le proclama saint (vayékadech), parce qu’en ce jour il cessa (chavat) toute l’œuvre qu’il avait créée par son action. (Genèse, 2:2-3)

Pendant les six jours de la Création, Dieu fait ce que la tradition rabbinique appelle le ma’assé béréchit, l’œuvre du commencement. Dieu pose les lois de son univers et l’organise. Puis le septième jour, après la création de Adam (au sixième jour), Dieu cesse d’intervenir tout en maintenant le monde dans son cours naturel. Il se retire pour laisser à l’homme la tâche de parfaire et parachever cette œuvre.

Puis Dieu proclame saint le septième jour. Qu’est-ce que cela veut dire ? En hébreu, le mot traduit par saint porte le sens de séparé, différent, spécial, à part. En le proclamant saint, Dieu donne à ce jour une densité particulière.

Chabbat, un jour différent, spécial

Le principe fondamental du Chabbat est la différence.

Tout comme le Créateur cesse son œuvre le septième jour, l’homme fait cessation le Chabbat. Il interrompt sa tâche, il arrête de produire et consommer, il rompt avec ses habitudes quotidiennes. Il ne s’agit pas de nier la nécessité du travail, mais de construire son être autrement, à travers ses relations aux autres, à Dieu, à soi-même.

La mise en pratique nécessite de s’interroger sur ce qu’est le travail. La Torah affirme clairement qu’il faut s’abstenir de tout travail à Chabbat mais est imprécise sur la définition du travail. Les rabbins du Talmud qui ont commencé la codification de la loi juive (halakha)  ont établi une liste de 39 travaux interdits (melakhot). Par la suite, d’autres interdictions ont été ajoutées et au fil du temps et des avancées technologiques, les lois sur l’observance du Chabbat sont devenues plus complexes, au risque de noyer le sens du Chabbat dans un foisonnement d’interdits.

Le judaïsme progressiste insiste sur le besoin de redonner son sens premier au Chabbat et de s’interroger sur les principes sous-jacents de la notion de travail dans nos sociétés modernes. Faire Chabbat appelle ainsi de s’interroger : qu’est-ce que le travail ? en quoi puis-je m’efforcer de rendre ce jour différent des autres et de lui apporter une autre lumière ?