La kippa, ce drôle de chapeau qui ne couvre guère que le sommet du crâne, est devenue un symbole universellement reconnu de l’identité juive. Pourtant, les Juifs n’ont pas toujours porté la kippa. Alors pourquoi la kippa? D’où vient-elle ? Y-a-t’il une obligation de porter la kippa ?

Tout d’abord, que signifie le mot kippa ?

La kippa (au pluriel kippot) vient d’un mot hébreu kaf, qui signifie la paume. Cela décrit la forme du couvre-chef. Le mot kippa peut aussi être rapproché d’un mot hébreu qui signifie couvrir et en architecture, désigne un dôme.

La kippa symbolise la voûte céleste au-dessus de l’homme. En portant une kippa, on reconnaît l’existence d’une transcendance et on  manifeste une forme de modestie. En priant et en étudiant, on se couvre pour rappeler que l’homme est limité. Son nom yiddich, yarmulke, peut d’ailleurs être rapproché de l’expression araméenne yiré malka, « crainte du roi ».

Qui porte la kippa et quand ?

Les pratiques sont très variables.

Dans les milieux orthodoxes, la kippa est portée par les hommes uniquement. Dans les milieux libéraux, hommes et femmes peuvent porter la kippa. Si elle est quasi-généralisée parmi les hommes, la pratique varie parmi les femmes. Certaines femmes choisissent de porter la kippa, vue comme un objet rituel, en signe d’égalité par rapport aux hommes. D’autres femmes ne le font pas.

Certains Juifs portent la kippa en permanence, à la maison, à l’extérieur et à la synagogue. D’autres la portent seulement pour les moments d’étude et de prière. Dans une synagogue, il est d’usage pour les hommes de la porter (que l’on soit juif ou pas).

On trouve des kippot de toutes sortes : velours, satin, cuir, laine crochetée. Elles peuvent être de toutes couleurs, unies ou multicolores. On trouve des motifs variés, y compris des kippot avec des personnages de dessins animés ou le nom de groupes de rock. Les formes et tailles varient aussi. Il existe des modes de la kippa et le choix de la kippa peut révéler des préférences religieuses ou politiques, notamment en Israël.

Une coutume longtemps controversée

Le port de la kippa est de l’ordre de la coutume et non de la halakha (loi juive) comme l’est par exemple le port du tallit. La kippa relève en fait du minhag, c’est-à-dire de la coutume.

Ce qui est aujourd’hui un usage bien établi, et qui a quasiment force de loi pour certains, a été longtemps controversé. Les Juifs n’ont pas toujours porté de kippa. Et au cours des siècles, les autorités rabbiniques ont eu des opinions contrastées sur le sujet (concernant les hommes, car la question de se couvrir la tête pour les femmes est une autre histoire !).

La Tora ne contient pas de prescription de se couvrir la tête pour prier ou étudier. La littérature rabbinique présente des références contradictoires. Selon le Talmud, les personnes en deuil, les lépreux et ceux qui sont placés sous un hérem (exclusion de la communauté) doivent se couvrir la tête. Ceci suggère qu’ils doivent se différentier du reste des Juifs qui seraient donc la tête découverte (TB, Moed Katan 15a). Dans un autre traité, on trouve l’histoire d’un sage qui ne marchait pas plus de quatre pas sans la tête couverte en reconnaissance de la Chekhina (présence divine) au-dessus de lui (TB, Kiddouchin 31a). Au Moyen-âge, les codes et les commentaires rabbiniques montrent des variétés d’opinion.

Se couvrir la tête semble avoir été loin d’être communément pratiqué à l’époque talmudique ou à l’époque médiévale. Dans son épître aux Corinthiens (1er siècle de l’ère chrétienne), dans un passage non dénué d’une belle misogynie, Paul relate que les Juifs prient tête nue dans les synagogues (I Corinthiens, 11:4-7). Au Moyen-âge, des écrits rabbiniques révèlent que le couvre-chef n’est pas un usage communément admis. Ainsi, le rabbin Abraham ben Nathan de Lunel remarque dans son voyage en Espagne que les hommes se couvrent la tête en priant, ce qui ne semble pas être le cas dans sa propre communauté.

L’usage de se couvrir la tête s’est ainsi répandu progressivement et pas forcément de manière uniforme selon les pays. C’est au cours du Moyen-âge que la coutume semble se développer pour se généraliser ensuite.

Quelle origine ?

On ne connaît pas très bien l’origine de l’usage de se couvrir la tête. Les cultures environnantes dans lesquelles ont vécu les Juifs de la Diaspora ont certainement joué un grand rôle.  Une des origines possibles peut être la volonté voulue ou imposée de se distinguer par rapport à la société locale. Dès lors que les Chrétiens se découvraient en entrant dans une église, les Juifs se couvraient la tête en entrant dans la synagogue. À moins que cela n’ait résulté de règles imposées par les non-Juifs aux Juifs (obligation de couvre-chef distinctifs au Moyen-âge).

Et aujourd’hui, pourquoi porter la kippa ?

Les raisons sont variables selon les sensibilités. On peut essayer de dessiner deux types de motivation qui peuvent se conjuguer.

Une première motivation est de nature religieuse ou spirituelle. Le port  de la kippa définit une séparation entre la vie « religieuse » et la vie « non-religieuse » (ou « laïque »). On porte la kippa à la synagogue mais on l’enlève dès lors qu’on n’est plus engagé dans un acte rituel. Pour certains, la frontière est très nettement définie. Pour d’autres, elle n’est pas très claire. Enfin pour certains, elle n’existe pas et la kippa est portée tout le temps (ou au contraire, jamais !).

Une deuxième motivation est de nature identitaire. Porter la kippa, c’est manifester son identité juive. La culture sociologique et politique du pays  joue un rôle important à cet égard. En France, la religion est généralement considérée de l’ordre de la sphère privée. Porter une kippa est une question sûrement plus délicate qu’aux États-Unis où en Angleterre.

 

Photo: Josh Mason-Barkin