Pourim et le doublement du mois de Adar

Pourim a lieu le 14 du mois de Adar, le 12e mois de l’année. Cette année, 2019, Pourim sera célébré le 21 mars. Pourtant, si nous regardons un calendrier juif, on remarque qu’à la date du 19 février, pratiquement un mois avant Pourim, figure la mention « Pourim Qatan ». En hébreu, cela signifie « Petit Pourim ».

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Février 2019 – Adar 5779

En rapprochant notre calendrier usuel (grégorien) et le calendrier hébraïque, on remarque que le 19 février 2019 correspond au 14 Adar 5779 et le 21 mars correspond au 14 Adar II. Que signifient cet Adar I et cet Adar II ?

De quoi s’agit-il ? Pour le comprendre, il faut revenir à la structure du calendrier hébraïque.

Alors que le calendrier grégorien est un calendrier basé sur le cycle solaire, le calendrier hébraïque est luni-solaire. Les mois sont basés sur le cycle de la lune, mais le calendrier tient compte des saisons et du cycle annuel solaire. De cette façon, Pessah est toujours célébré au printemps, comme le prescrit la Torah. Comme il y a un écart de 11 jours entre l’année lunaire (12 x 29,5 jours) et l’année solaire (365 jours), il faut ajouter un mois dans l’année pour faire rejoindre année lunaire et année solaire. On ajoute ainsi un mois régulièrement, tous les deux ou trois ans. C’est le mois de Adar, dernier mois de l’année, qui est doublé. Ces années là, dites embolismiques, on a alors deux mois de Adar: le mois de Adar I (Adar Richon en hébreu) et le mois de Adar II (Adar Cheni en hébreu).

Il reste alors à savoir quand fêter Pourim les années embolismiques : le premier ou le deuxième Adar ? Un principe talmudique établit que l’on ne doit pas retarder les préceptes, c’est-à-dire l’accomplissement d’une obligation [TB Pess. 64b].  Pourtant, Pourim est célébré le 14e jour du deuxième Adar. Le Talmud avance en effet que Pourim et Pessah célèbrent tous deux la délivrance d’Israël. Les rabbins considèrent que le lien saisonnier entre les deux fêtes doit être préservé. C’est pourquoi le mois de Adar II est considéré comme le « principal » Adar et Pourim célébré le 14 Adar II, un mois avant Pessah (15 Nissan).

Le 14e jour du mois de Adar I n’est toutefois pas complètement oublié. Ce jour-là est appelé « Pourim Qatan » dans la Tradition.

Que fait-on à Pourim Qatan ?

Le jour du Pourim Qatan, il ne s’agit pas de célébrer une sorte de mini Pourim. En effet, la célébration de Pourim doit être réservée au jour même de Pourim. Nous n’avons alors pas de festin de Pourim, ni n’envoyons de cadeaux comme cela nous est commandé à Pourim.

À défaut d’être un jour où nous accomplissons des actions positives de réjouissances , Pourim Katan est un jour où nous cherchons à promouvoir une atmosphère dénuée de tristesse. C’est pourquoi, ce jour là, on ne dit pas les Tahanoun à l’office du matin (prières de supplication dites les jours de semaine après la Amida). Ce n’est pas non plus un jour de festin, mais il n’est pas permis de jeûner.

C’est plus largement tout le mois de Adar, qui nous mène à Pessah, qui est marqué par l’idée de joie.  La tradition nous dit en effet :

Lorsque Adar arrive, les joies sont multipliées. (Taanit 29a)

Ainsi, les années embolismiques où nous doublons le mois de Adar, nous doublons aussi les jours de joie.