Nous vous proposons une recension par Elie David du livre La Torah n’est pas au ciel du Rav Eliezer Berkovits, grande figure du judaïsme américain (1908-1992), pour la première fois traduit en français. Une invitation à se plonger dans une réflexion majeure sur la nature de la halakhah, la loi juive, et sa place dans une société démocratique.

Le titre du livre fait référence à ce verset du livre du Deutéronome :

« Elle [la Torah] n’est pas dans le ciel, pour que tu dises : « Qui montera pour nous au ciel et nous l’ira quérir, et nous la fera entendre afin que nous l’observions ? »
(Dt, 30:12)

Eliezer Berkovits, La Torah n’est pas au ciel – Nature et fonction de la loi juive, Éditions de la revue Conférence, Collection Teamim, novembre 2018, traduit de l’anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, 22 €.

Article d’Élie David
(paru sur www.modernorthodox.fr)

Il est parfois de bon ton, pour qui s’intéresse aux études juives, et en particulier à l’histoire de la halakha et de ses évolutions, de déplorer l’absence de traductions en français d’ouvrages passionnants écrits en anglais ou en hébreu. Bien entendu, il faut rendre hommage au travail remarquable accompli par des maisons d’édition comme les éditions Allia (qui viennent de publier une traduction française de Mystiques messianiques, un livre de l’Israélien Moshe Idel, ancien étudiant de Gershom Scholem, qui a considérablement renouvelé l’étude de la cabale à la fois dans le prolongement de et contre son maître), les éditions de l’Eclat (qui ont par exemple publié plusieurs traductions de livres de David Biale, historien du judaïsme, universitaire américain de premier plan), les éditions du Cerf (qui ont notamment fait traduire de l’anglais et publié, au cours des dernières années, Pourquoi les femmes juives ne sont-elles pas circoncises ?, de Shaye J. D. Cohen, ou Une patrie portative. Le Talmud de Babylone comme diaspora, de Daniel Boyarin), ou encore Albin Michel (qui a publié en mars dernier Dieu n’a jamais voulu ça, le dernier livre du Rabbin Jonathan Sacks, ancien Grand-Rabbin du Royaume-Uni, dans une traduction française de Julien Darmon).

Néanmoins, en dépit de ces efforts de traduction qui visent à faire entendre, en français, d’autres voix juives, il faut bien reconnaître que, pour qui s’intéresse à des questions comme celles de l’évolution de la halakha, de la philosophie de la halakha, ou encore à l’histoire des différents courants du judaïsme religieux, la maîtrise de l’anglais et/ou de l’hébreu moderne est indispensable. Aussi ne devons-nous pas bouder notre plaisir à l’occasion de la publication d’une traduction française du livre classique du Rav Eliezer Berkovits, Not in Heaven, sous le titre : La Torah n’est pas au ciel (Editions de la revue Conférence, Collection Teamim, novembre 2018, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup).

Eliezer BerkovitsLe R. Eliezer Berkovits, né en Roumanie en 1908, a étudié au sein de la yechiva de Pressburg (Bratislava, en Slovaquie actuelle) avant de rejoindre le Hildesheimer Seminar de Berlin (séminaire rabbinique orthodoxe fondé en 1873 par R. Azriel Hildesheimer[1]), où il a étudié auprès du Sridé Ech, le R. Yaakov Yehiel Weinberg[2]. Avant la Seconde guerre mondiale, il est parvenu à fuir l’Allemagne pour l’Angleterre, où il a travaillé comme rabbin de 1940 à 1946, puis a vécu en Australie jusqu’en 1950, avant de rejoindre les Etats-Unis, où il a enseigné la philosophie juive dans différentes institutions universitaires. Il a fait son alya en 1975, et il est décédé en Israël en 1992.

imagesLe R. Eliezer Berkovits a écrit de nombreux livres, dont Not in Heaven, paru pour la 1ère fois en 1983 et enfin traduit et publié en français. Son titre, La Torah n’est pas au ciel en français, fait évidemment référence au verset du Deutéronome (30, 12) : « Elle n’est pas dans le ciel, pour que tu dises : « Qui montera pour nous au ciel et nous l’ira quérir, et nous la fera entendre afin que nous l’observions ? » ». Et, bien entendu, ce verset lui-même nous renvoie à l’épisode du four d’Akhnaï (TB Baba Metsia, 59  a et b). Comme on le sait, alors qu’une « bat kol », une voix venue du ciel, après une série d’autres miracles, vient appuyer les propos de R. Eliezer dans sa controverse avec d’autres Sages, R. Yehochoua déclare : « Elle n’est pas au ciel », indiquant par là que la Torah doit être mise en application sur terre, parmi les hommes, et, comme telle, doit être rendue applicable par les rabbins, non par une voix venue du ciel. De manière significative, ce passage bien connu de Baba Metsia se situe au centre quasi exact, au point médian du livre, dont il constitue véritablement le soubassement.

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