Le commandement de restituer un objet perdu

La Paracha Ki Tetsé se distingue par le grand nombre de commandements qu’elle contient, plus que n’importe quelle autre paracha. Maïmonide en décompte 72. On peut facilement se perdre dans la variété de ces commandements : traitement des femmes capturées à la guerre, dignité des morts, honnêteté dans les transactions à travers les règles sur les poids et mesures, divorce, obligation de construire un parapet sur le toit de sa maison ou encore interdiction de mélanger des semences différentes dans un champ ou d’atteler ensemble le bœuf et l’âne. Et encore plein d’autres.

Un de ces commandements concerne une question très quotidienne : la restitution d’un objet perdu. Il s’appuie sur les versets suivants :

« Si tu vois le bœuf de ton frère ou son agneau égaré, ne les évite pas. Tu dois les retourner à ton frère. Si ton frère n’est pas proche de toi ou si tu ne sais pas qui c’est, tu recueilleras l’animal dans ta maison, et il restera chez toi jusqu’à ce que ton frère le réclame ; alors tu le lui rendras. Tu agiras de même à l’égard de son âne, de même à l’égard de son manteau, de même aussi à l’égard de toute chose perdue par ton frère et que tu aurais trouvée. Tu ne pourras pas les éviter. » (Deutéronome, 22:1-3).

Le commandement de restituer un objet perdu

Est-ce à dire que nous sommes tenus de rendre un objet perdu à son propriétaire même si nous sommes incapables de savoir de qui il s’agit ? Les rabbins du Talmud se sont interrogés sur les contours de cette obligation. Pour commencer, le Talmud enseigne que nous sommes uniquement responsables de rendre un objet perdu qui a une marque quelconque permettant d’identifier le propriétaire. Ainsi, si l’on trouve des pièces de monnaie dans un endroit très passant, on peut les garder sans effectuer aucune recherche car le propriétaire a perdu tout espoir de les retrouver (Baba Metsia 21b).

Cependant, si l’objet perdu comporte un signe, un « siman » en hébreu, permettant d’identifier le propriétaire, alors on est tenu de tout entreprendre pour retrouver le propriétaire et lui rendre son bien. On est responsable de l’objet tant qu’il n’a pas été rendu au propriétaire. Quelquefois ces signes sont évidents, comme l’étiquette d’une valise, mais d’autres fois, le signe peut être beaucoup plus subtil. Le propriétaire doit être en mesure de décrire ces signes d’identification ou d’apporter une preuve que l’objet lui appartient.

Dans le cas où la personne égare son bien à plusieurs reprises, on a l’obligation de rapporter l’objet perdu de nouveau. La Michna tire cet enseignement de la répétition du mot ‘rapporter’ dans le verset du Deutéronome : hachev techivem, littéralement « rapporte, tu rapporteras ». La répétition du verbe est interprétée comme l’obligation de rapporter l’objet, même dans le cas où la perte se produit à plusieurs reprises.

La téchouva, une forme de restitution ?

Nous lisons ces versets de Ki Tetsé sur la restitution de l’objet trouvé en plein milieu du mois d’Éloul, le temps de préparation spirituelle à Roch Hachana et Yom Kippour. C’est une période de téchouva. Ce mot, souvent traduit par repentir, signifie retour ou réponse en hébreu. Nous faisons un retour vers nous-mêmes, vers les autres, vers Dieu. La tradition juive insiste sur le fait que le jour de Kippour, avant d’obtenir le pardon de Dieu pour les fautes commises à son égard, nous devons nous efforcer d’obtenir celui de notre prochain.

Dans un commentaire sur Ki Tetsé, Lauren Eichler Berkun établit un rapprochement entre techouva et le commandement de restituer un objet perdu. Hachev techivem et Techouva partagent la racine hébraïque chouv qui contient l’idée de retour. Et si la téchouva était une forme de restitution ? Quel serait alors l’objet perdu que nous avons l’obligation de restituer ? Et s’il s’agissait d’une relation perdue ou dégradée, ou encore peut-être une partie de notre âme ? En allant vers la personne que nous avons pu offenser, c’est comme si nous cherchions à restituer ce qui a été perdu et à restaurer la qualité de la relation.

Tout comme pour les objets trouvés, il nous appartient de rechercher les signes que nous avons pu offenser un proche, que ces signes soient évidents ou plus subtils. Également comme pour les objets trouvés, nous avons l’obligation de persister dans nos efforts de réconciliation. Dans ses Hilkhot Techouva (lois du repentir), Maïmonide (Espagne, 12e siècle) explique que si une personne demande pardon à un ami et que cette demande est rejetée, cette personne doit aller voir son ami une deuxième fois et même une troisième fois pour demander son pardon.

La téchouva n’est pas un processus facile, tout d’abord parce que nous ne sommes peut-être pas capable de discerner et décrypter les signes. Le risque est que si nous attendons trop longtemps pour faire ce retour vers l’autre, cet autre puisse désespérer de jamais pouvoir renouveler une relation avec nous. Mais la période des Grandes Fêtes est aussi une opportunité qui nous est aussi donnée chaque année de rapporter ce qui a été perdu dans notre relation aux autres, à Dieu et à nous-mêmes.