Petite leçon de vocabulaire pour mieux comprendre les termes « juif », « hébreu », « israélite », « israélien ». En effet, on utilise souvent ces mots sans très bien savoir à quoi ils font précisément référence, parfois en mélangeant un peu tout.

Hébreu

Dans la Bible,  Abraham est le premier homme à être qualifié d’hébreu. Dans la Torah, le mot « hébreu » désigne les descendants d’Abraham.

Le mot hébraïque עִבְרִי  (ivri) vient de la racine ע.ב.ר , qui signifie passer, traverser. Le terme a aussi le sens de transgresser ou celui de dépasser, franchir. L’Hébreu est ainsi celui qui est ou qui vient de l’autre côté, ou encore celui qui franchit les limites, va au devant.

Le terme ivri est aussi associé à Éber, qui descend de Sem, l’un des trois fils de Noé. Abraham est l’un des descendants de Héber selon la Torah (Genèse, 11:10-27)

Les enfants d’Israël

À partir du moment où les descendants de Jacob (fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham) s’installent en Égypte, la Bible parle de ְּבְּנֵי־אִשְׂרָאֵל « Bené Israël« , littéralement les enfants d’Israël. Israël est le nom donné par Dieu à Jacob, celui qui va engendrer les douze  tribus d’Israël.  Par extension, les enfants d’Israël désignent le peuple qui descend des tribus d’Israël. Dans les traductions de la Bible, le terme « Bené Israël » est souvent traduit par les Israélites.

Juif

Le mot « Juif » vient du nom Yéhouda יְהוּדָה ou Juda. Celui-ci est l’un des douze fils de Jacob et la tribu de Juda désigne les descendants de ce fils. À la mort du roi Salomon, le royaume est divisé en deux. Au Nord, on trouve le royaume d’Israël qui rassemble dix des douze tribus. Au Sud, on trouve le royaume de Juda, autour de Jérusalem. En -720 le royaume d’Israël est conquis par l’empire assyrien et sa population est exilée et assimilée: ce sont les fameuses dix tribus perdues. Seule reste autour de Jérusalem la tribu de Juda. On parle alors des יְהוּדִים Yéhoudim, littéralement les Judéens.

C’est avec l’exil de Babylone que se développe l’usage du mot Yéhoudim pour parler des Israélites. La première occurrence du terme dans la Bible se trouve dans le livre d’Esther où Mordekhaï est appelé Ich Yéhoudi ou homme juif (Esther, 2:5).

La distinction entre juif et hébreu varie selon les langues. Par exemple, on utilise le terme « Jew » en anglais, « Judio » en espagnol, « Joodse » en néerlandais ou encore « Jude » en allemand, qui viennent de l’hébreu « yéhoudi« . Mais l’italien dit « Ebreo » qui dérive de Ivri, tout comme le grec εβραϊκός, evraïkos, ou le russe еврейский, évréiskyi.

Israélite

En français, le terme « Israélite » a une signification particulière. À partir du XIXe siècle et du processus d’émancipation par lequel les Juifs français deviennent des citoyens à part entière (« l’émancipation »), on va souvent préférer parler d' »israélites » plutôt que de « juif », souvent considéré comme péjoratif.

Le glissement du vocable juif à israélite accompagne l’adhésion à une communauté d’identité entre la France républicaine et les juifs.  Il implique l’abandon apparent de la notion de peuple juif, à savoir une culture et une identité collective dépassant le cadre des rites et des croyances religieuses.

« Tout commença vers 1840, avec une question de vocabulaire : quelques écrivains israélites, excédés par ce qu’ils croyaient être un malentendu terminologique, demandèrent que l’adjectif « juif » fur retiré du dictionnaire. Ce mot pernicieux ne devait plus vivre, puisqu’il évoquait une réalité morte, et défigurait, aux yeux de leurs concitoyens, les Français de confession mosaïque. Pour en finir avec la malveillance, il fallait, condition nécessaire et peut-être suffisante, que disparaisse un terme qui était à lui seul un concentré de passion, une diatribe, une calomnie. » Alain Finkielkraut, Le juif imaginaire, Editions du Seuil, 1980

Après la Shoah et la création d’Israël, le terme va être beaucoup moins utilisé. Aujourd’hui il est tombé en désuétude. Il reste cependant présent dans le nom de nombreuses communautés (exemple : ULIF, Union libérale des Israélites de France ; ACIM Association cultuelle des Israélites de Montpellier).

Israélien

Un Israélien est un citoyen de l’Etat d’Israël. Tous les Juifs ne sont pas Israéliens et tous les Israéliens ne sont pas juifs.

D’une part, plus de la moitié des Juifs vivent en diaspora, c’est-à-dire en dehors d’Israël, principalement aux États-Unis et en Europe. D’autre part, 20% des citoyens d’Israël ne sont pas juifs, mais musulmans ou chrétiens.

Les Juifs qui vivent en dehors d’Israël peuvent décider de s’y installer. Ils acquièrent alors la nationalité israélienne : c’est la loi du retour votée le 5 juillet 1950 par la Knesset (parlement israélien), qui garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël.