La paracha Ha’azinou (chapitre 32 du Deutéronome) est la dernière paracha que nous lisons le Chabbat matin dans le cycle annuel de la Tora. Les deux derniers chapitres du Deutéronome et de la Tora seront lus le jour de Simhat Tora.

Ha’azinou est une réflexion sur la relation d’alliance qui lie Dieu et Israël. Moïse rappelle aux Israélites leur statut de peuple choisi par Dieu et leur énonce les conséquences de leurs futures trahisons qu’il anticipe. À la grandeur et la générosité de Dieu envers Israël, Moïse oppose l’entêtement et le manque de fidélité des Israélites.

Ha’azinou est remarquable par sa forme. Alors que Moïse s’approche de la mort, il abandonne un style didactique pour parler en termes poétiques, avec des images qui font écho au récit de la Création par lequel débute la Tora.

La structure du poème de Moïse

La forme du texte est typique de la poésie biblique : chaque verset comprend au moins deux lignes qui ont des sens parallèles.

Le texte commence par trois versets d’introduction et se termine par quatre versets de conclusion qui font écho aux versets d’introduction.

Le corps du poème, qui comprend 36 versets, peut être décomposé en trois sections, dans lesquelles Moïse instruit, avertit et donne aussi espoir. Il lie le passé, le présent et le futur d’Israël.

  • La première section rappelle l’histoire de la relation entre Dieu et Israël, comment Dieu a aimé Israël, l’a protégé et amené dans une terre d’abondance.
  • La deuxième section développe le thème de l’ingratitude d’Israël envers la bonté de Dieu et la punition qui l’attend pour son arrogance.
  • La dernière partie montre que malgré l’infidélité d’Israël, Dieu va sauver Israël.

Que signifie Ha’azinou ?

Moïse commence son chant en prenant à témoins le ciel et la terre (Deutéronome, 32:1) :

הַאֲזִינוּ הַשָּׁמַיִם וַאֲדַבֵּרָה
וְתִשְׁמַע הָאָרֶץ אִמְרֵי-פִי

Haazinou hachamayim véadabéra
Vétichma ha’aretz imré-pi
Écoutez cieux, laissez-moi parler
Et que la terre entende les paroles de ma bouche

Les cieux et de la terre étaient communément invoqués dans la rédaction des contrats et traités dans le Proche-Orient antique. Au-delà de la figure de style, le texte peut contenir un enseignement. Selon le rabbin Menahem Mendel Schneerson*, l’invocation du ciel et de la terre reflète un principe fondamental du judaïsme, selon lequel nous devons être en relation à la fois avec le ciel et la terre. La relation à Dieu est indissociable de l’action sur terre. À travers l’accomplissement des mitsvot (commandements), le judaïsme ne cesse de combiner étroitement le spirituel et le matériel.

Les deux termes ha’azinou et vétichma signifient écouter ou entendre. Le terme ha’azinou est moins connu que le terme vétichma, qui nous est familier par la prière quotidienne du Chema. Le mot ha’azinou renvoie au mot ozen, l’oreille, ou encore avec la même racine (alef, zain, noun) izoun, l’équilibre. L’hébreu suggère que l’équilibre des relations nécessite une capacité d’ouvrir l’oreille.

Les mots de Moïse nous invitent à écouter, entendre, ouvrir l’oreille. Non seulement entendre les bruits et sons percutants et intenses qui peuvent nous entourer, mais aussi être réceptif à une voix plus difficile à percevoir. C’est cette « petite voix subtile » que le prophète Élie a entendue après avoir cherché en vain la voix divine dans les tempêtes et les tremblements de terre. (I Rois, 19 :11-12).

* cité par George Robinson, Essential Torah, Schocken Books, 2006, page 540