Les étapes du nettoyage rituel de la maison pour Pessah

Pendant Pessa’h, la tradition juive interdit de consommer du ‘Hamets, d’en posséder ou d’en tirer profit, c’est-à-dire d’en vendre. En conséquence, dans les jours qui précèdent Pessa’h, voire les semaines depuis Pourim, chacun doit enlever tout le ‘Hamets qui est en sa possession. A lieu ainsi un grand ménage de Pessah, dans toute la maison, mais aussi un ménage de la voiture et du lieu de travail.

« Durant sept jours, vous mangerez de la Matsa (pain azyme) ; surtout le jour précédent, vous ferez disparaître le ‘Hamets de vos maisons »

Exode, 13:7

Qu’est-ce que le ‘Hamets ?

Le ‘Hamets est tout produit composé de l’une des cinq céréales que l’on peut utiliser pour faire la ‘Hallah (pain de Chabbat et fêtes) et qui subit un processus de fermentation. La consommation en est interdite pendant les sept jours de la fête de Pessa’h (huit jours pour les Juifs traditionnalistes de la diaspora qui doublent les jours de fête).

Ces cinq céréales sont :

  • Le blé
  • L’orge
  • L’épeautre
  • Le seigle
  • L’avoine
Avoine – photo par NomeVizzualizato, Pixabay

Les légumineuses, appelées Kitniyot, ne font pas partie de ces cinq céréales et ne sont pas du ‘Hamets. Par exemple, le riz, les pois chiches et les haricots ne sont pas du ‘Hamets. Cependant , les juifs Ashkénazes ne les mangent traditionnellement pas. Les Séfarades considèrent que comme les Kitniyot ne sont pas faits à partir du blé ou d’une autre des cinq céréales, ils peuvent être mangés pendant Pessa’h. Les fèves sont d’ailleurs typiques de la cuisine de Pessa’h des Juifs tunisiens ou marocains.

La matsah (pain azyme) peut être faite de l’une de ces cinq céréales. Elle est cependant généralement faite avec du blé. Il est essentiel que la farine ne puisse fermenter. Aussi le grain doit il être gardé parfaitement sec et la fabrication de la matsah est une affaire de rapidité.

Se débarrasser du ‘Hamets

Comme on ne doit pas, non seulement consommer du ‘Hamets, mais aussi en détenir, il faut débarrasser sa maison de toute trace de ‘Hamets. Cela inclut non seulement le pain et la farine, mais aussi les biscuits, les tartes, quiches, les pâtes, la semoule de blé, etc., ou encore la bière et le whisky. La recherche se fait avant tout à la cuisine mais aussi dans tous les endroits de la maison qui auraient pu être en contact avec du ‘Hamets pendant l’année: le salon, les tables, le bureau, l’écran d’ordinateur, la voiture, etc.

La cachérisation de Pessa’h

Manger « cacher lePessa’h », c’est non seulement ne pas manger du ‘Hamets ou un produit dérivé du ‘Hamets, mais aussi utiliser une vaisselle et des ustensiles de cuisine qui n’ont pas été en contact avec du ‘Hamets. Beaucoup emploient une vaisselle et une batterie de cuisine réservées exclusivement à Pessa’h. Toutefois, on peut rendre utilisable certains ustensiles dont on se sert toute l’année par un processus de cachérisation.

Il existe deux méthodes principales de cachérisation : par le feu (liboun) ou par l’eau bouillante (hagala). Cela concerne tous les ustensiles qui auront été en contact avec du chaud. Les ustensiles en verre qui n’auront pas été chauffés (comme les verres) sont lavés et rincés.

  • Le liboun consiste à appliquer suffisamment de chaleur sur un objet métallique qu’un morceau de paille brûlerait s’il le touchait. Cela concerne par exemple les grills et les broches.
  • La hagala s’applique aux ustensiles en métal, bois, pierre, matière plastique dure, duralex, dans l’eau bouillante. Préalablement à la cachérisation, l’objet aura été nettoyé et inutilisé pendant 24 heures. Il est immergé dans un récipient d’eau bouillante, puis rincé à l’eau froide.

Certaines matières, comme la porcelaine, la faïence et la terre, ne sont pas considérées cachérisables. Pour les matières poreuses comme le bois, on peut les couvrir avec des feuilles d’aluminium, des nappes, ou autres. Pour tout ce qui ne peut être cachérisé ou n’aura pas été cachérisé, pas besoin de s’en débarrasser! Il « suffit » de ne pas s’en servir pendant toute la fête de Pessa’h.

La vente du ‘Hamets

Dans les économies simples d’autrefois, il était relativement facile de se débarrasser du ‘Hamets en sa possession. Mais les sociétés et les économies se sont enrichies et se sont complexifiées. Aussi, il a fallu trouver une solution pour se débarrasser du ‘Hamets, d’autant qu’il est interdit de jeter.

La solution avancée est de vendre le ‘Hamets à un non-juif pendant la durée de Pessa’h. Ce transfert s’appelle Mekhirat ‘Hamets. Il s’opère par l’intermédiaire d’un agent, généralement un rabbin, qui conclut la vente. À la fin de la fête de Pessa’h, l’agent procède à la rétrocession du ‘Hamets.

La recherche du Hamets

La veille de Pessah, juste après le coucher du soleil, on procède au Bedikat ‘Hamets, la recherche du hamets. On aura alors enlevé tout le ‘Hamets, à l’exception de ce qui est nécessaire pour le petit-déjeuner du lendemain matin.

Afin de ne pas revenir bredouille, on place plusieurs morceaux de pain (d’une taille suffisamment grande pour être vus) à divers endroits de la maison. Pourquoi déposer des morceaux de pain après tous les efforts pour enlever le ‘Hamets? Il s’agit de ne pas dire une bénédiction en vain. En effet, avant de commencer la recherche, on dit une bénédiction sur la Mitsvah (commandement) du « Biour ‘Hamets ». On dit ainsi:

בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ, אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם, אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ עַל בּעוּר חָמֶץ

Baroukh ata Adonaï, Élohénou mélèkh haolam, achèr kidéchanou bémitsvotav al biour ‘hamèts.

Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, roi du monde, qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné d’anéantir le ‘Hamèts.

Puis dans une demi-pénombre, on cherche le ‘Hamets, traditionnellement à l’aide d’une bougie et d’une plume. Un moment particulièrement apprécié des jeunes enfants ! Après avoir trouvé et rassemblé tous les morceaux, on dit le « kol ‘hamira »:

כׇּל חֲמִירָא וַחֲמִיעָא דְּאִיכָּא בִרְשׁוּתִי דְּלָא חֲזִיתֵּיהּ וּדְלָא בִעַרְתֵּיהּ לִבְטִל וְלֶהֱוֵי כְּעַפְרָא דְאַרְעָא

Kol ‘hamira vé’hami’a déïka virchouti, déla ‘hazité oudla bi’arté, livtil véléhévé kéafra déar’a.

« Tout levain et toute pâte levée qui se trouveraient en ma possession et que je n’ai ni vus ni enlevés, qu’ils soient considérés anéantis, comme la poussière de la terre. »

Annuler le ‘Hamets

Le matin du Seder de Pessah, le 14 Nissan, on peut consommer du ‘hamets jusqu’au tiers de la journée (environ 11 heures). Puis on brûle le Hamets ramassé la veille au soir, avant le milieu de la journée. C’est le Biour Hamets. On ne récite aucune bénédiction, mais on dit une version légèrement modifiée de la formule pour l’annulation du Hamets :

כׇּל חֲמִירָא וַחֲמִיעָא דְּאִיכָּא בִרְשׁוּתִי דַּחֲזִיתֵּיהּ וּדְלָא חֲזִיתֵהּ, דְּבִיעַרְתֵּי וּדְלָא בִיעַרְתֵּהּ, לִבְטִל וְלֶהֱוֵי כְּעַפְרָא דְאַרְעָא

Kol ‘hamira vé’hami’a déïka virchouti, da’hazité oudla ‘hazité, débi arté oudlabi’arté, livtil véléhévé kéafra déar’a

« Tout levain et toute pâte levée qui se trouveraient en ma possession et que je n’ai ni vus ni enlevés, qu’ils soient considérés anéantis, comme la poussière de la terre. »

Ne pas oublier l’essentiel : chercher le ‘Hamets de nos cœurs et de nos esprits

La préparation de Pessah est particulièrement exigeante. Elle peut nous amener à être si attentifs à traquer la moindre miette de pain que nous risquons d’en oublier la raison véritable. En effet, le nettoyage de Pessa’h a une dimension spirituelle et va bien au-delà de la miette. Le ‘Hamets, la céréale levée, représente l’orgueil et tout ce qui submerge nos êtres. En faisant « le ménage de Pessa’h », il s’agit, tout en nettoyant nos maisons, de faire notre ménage intérieur: rechercher et extirper de nous-mêmes notre Hamets, c’est-à-dire nos égoïsmes et nos orgueils. Sortir d’Égypte et de l’esclavage, c’est aussi sortir de nos prisons, de nos étroitesses pour commencer l’expérience d’une libération spirituelle.