La fête de Pourim commencera samedi prochain, 11 mars 2017, à la tombée de la nuit.

Pourim, littéralement la fête des Sorts, a lieu le 14e jour du mois de Adar. C’est une fête dite mineure établie par la tradition rabbinique. Dans une ambiance particulièrement joyeuse, Pourim rappelle comment les Juifs ont été sauvés d’une menace de massacre dans la période perse (-539 à -330). Cette histoire est racontée dans le livre d’Esther.

Pour comprendre ce qu’est Pourim, quatre réponses à quatre questions.

Que raconte le livre d’Esther ?

Le livre d’Esther est un livre de la Bible inclus dans les Ketouvim (Hagiographes). Il raconte une histoire qui se passe en Perse au 5e siècle avant notre ère, période où beaucoup de Juifs y étaient exilés. Cette histoire n’a pas de fondement historique.

Une jeune fille juive nommée Esther devient reine de Perse, guidée par son tuteur Mordekhai. Le grand vizir, Haman, complote la destruction des Juifs. Mordekhai demande à Esther, qui avait caché qu’elle était juive, de révéler sa véritable identité au roi Assuérus. Au péril de sa vie, elle le fait et dénonce le complot de Haman. La fin de l’histoire voit un retournement de situation. Haman et ses fils sont punis de mort en lieu et place de leurs victimes et le roi autorise les Juifs à se défendre contre leurs ennemis. Mordekhai est nommé conseiller du roi et appelle à commémorer chaque année le sauvetage des Juifs de Perse.

Comment célèbre-t-on Pourim dans la communauté ?

Le point central des célébrations de Pourim est la lecture du Rouleau d’Esther (Meguilat Esther) à la synagogue. Cette lecture se fait dans une ambiance tout à fait unique. Enfants et adultes, déguisés, agitent des crécelles ou tapent du pied chaque fois que le nom de Haman est prononcé. Une autre tradition de Pourim est le Pourim Spiel, des parodies qui visent les rabbins et les dirigeants de la communauté. Le déguisement, l’ambiance particulièrement détendue, font de Pourim un temps très particulier de l’année à la synagogue.

Comment célèbre-t-on Pourim à la maison ?

Pourim est une fête qui se célèbre surtout en communauté. Cependant, un certain nombre de préparatifs ont lieu à la maison. On cuisine beaucoup. On prépare notamment les fameux Hamantaschen ou « Oreilles d’Aman ». Ce sont des pâtisseries garnies en forme de triangle qui sont le plat typique de Pourim. Il y a une mistsva (commandement) de faire une séouda, un festin, le jour de Pourim, qui s’accompagne traditionnellement de beaucoup d’alcool. Ce repas peut avoir lieu à la maison ou en communauté. Deux autres mitsvot de Pourim sont michloah manot (cadeaux de nourriture à des amis) et matanot la-évyonim (dons aux pauvres).

La veille de Pourim (13 Adar) est un jour de jeûne qui rappelle la décision prise par Esther de jeûner trois jours avant d’aller voir le roi (Esther 4:16). C’est une tradition d’origine relative tardive (8e siècle au moins) qui n’est pas très fréquemment observée de nos jours. jours. Lorsque Pourim est un dimanche, comme cette année, le jeûne est avancé le jeudi précédent pour ne pas jeûner un jour de Chabbat.

Que célèbre-t-on vraiment à Pourim ?

Le livre d’Esther raconte comment les Juifs ont été sauvés d’une menace mortelle. Même si Dieu n’est jamais mentionné dans le livre, il est considéré comme celui qui permet aux Juifs d’être sauvés. L’échec du complot de Haman résulte de la providence (ou l’action cachée de Dieu) et de l’action humaine. C’est en effet parce que Mordekhai et Esther agissent que les Juifs sont sauvés. Pourim est une fête qui célèbre l’espoir. Elle offre l’histoire d’une toute petite communauté qui va réussir à triompher de ses ennemis qui voulaient la détruire. Quelles que soient les difficultés et les menaces, Pourim nous apprend que l’espoir existe toujours.

Pourim est un jour très particulier de l’année tout d’abord par l’ambiance festive qui y règne. La tradition juive met l’accent sur la capacité à se fixer des limites sans pour autant verser dans l’ascétisme (bien au contraire!). Or Pourim est un jour où on se laisse aller au débordement : débordement dans le bruit, dans l’alcool et aussi dans les conventions habituelles.

Autre particularité de Pourim. La tradition juive nous incite toujours à marquer des séparations : entre l’espace privé et public (mézouza), entre la nourriture pure et impure, entre les temps « profanes » et de Chabbat et fêtes, etc. À Pourim, les frontières ont au contraire tendance à s’effacer. C’est ainsi que les rabbins du Talmud enseignent qu’ il faut boire à Pourim jusqu’à ne plus pouvoir faire la différence (« ad lo yada! ») entre les expressions « Haman le maudit » et « Mordekhai le béni » (Meguillah 7b).

Sur le ton de la farce qui marque le livre d’Esther, et à travers ses coutumes, Pourim parle avec légèreté de choses très sérieuses. C’est un moment de l’année où nous pouvons nous rappeler de ne pas nous prendre trop au sérieux, y compris dans notre rapport à Dieu.

Photo : Liam Ortiz via Pixabay