Résumé de la Parachat Bo – Exode 10:1 – 13:16

Au début de la Parachat Bo, Dieu envoie la huitième et neuvième plaies sur l’Égypte : une invasion de sauterelles et les ténèbres. Il annonce à Moïse la dernière plaie, la mort des premiers-nés. Moïse prévient Pharaon de la mort imminente de tous les premiers-nés égyptiens. Mais Pharaon ne laisse toujours pas partir les Israélites.

À la suite du commandement donné par Dieu, Moïse et Aaron demandent aux Israélites de tuer un agneau et avec le sang de l’agneau, de peindre les linteaux de leurs maisons. Ainsi Dieu passera au-dessus de leurs maisons et ne frappera pas leurs premiers-nés. Ils donnent les premières lois de célébration de Pessah : manger l’agneau rôti, manger du pain non levé pendant sept jours et raconter à ses enfants la libération de l’esclavage d’Égypte.

Au milieu de la nuit, tous les premiers-nés égyptiens sont frappés de mort. Pharaon demande alors aux Israélites de quitter l’Égypte immédiatement.  Après avoir vécu 430 ans en Égypte, le peuple hébreu quitte l’Égypte au milieu de la nuit le 14e jour du premier mois de l’année, avec de la pâte à pain non levée et les biens réclamés à leurs voisins égyptiens. Ils sont environ 600 000 à partir avec leurs enfants, leur bétail et une multitude d’autres personnes. La Paracha se conclut par le rappel fait par Dieu des commandements de la célébration de Pessah.

La neuvième plaie

« L’Éternel dit à Moïse: « Dirige ta main vers le ciel et des ténèbres se répandront sur le pays d’Égypte, des ténèbres opaques. » Moïse dirigea sa main vers le ciel et d’épaisses ténèbres couvrirent tout le pays d’Égypte, durant trois jours. On ne se voyait pas l’un l’autre et nul ne se leva de sa place, durant trois jours mais tous les enfants d’Israël jouissaient de la lumière dans leurs demeures. » (Exode, 10:21-23)

La neuvième plaie envoyée par Dieu sur l’Égypte est particulièrement curieuse.

Jusque là, les plaies se succèdent et chacune apparaît plus sérieuse que la précédente. Les sept premières plaies constituent des gênes croissantes pour l’homme. Le bétail meurt, mais il n’y a pas de menace vitale pour l’homme. Avec la huitième plaie, l’invasion des sauterelles, toutes les récoltes sont détruites et la survie de la population est alors en jeu. La dixième plaie est bien le paroxysme de cette terrible progression. Les premiers-nés des Égyptiens meurent.

L’obscurité semble relier les trois dernières plaies qui sont évoquées dans la Parachat Bo. L’invasion des sauterelles obscurcit complètement la vue du sol (Exode, 10:15) et la mort s’abat sur les premiers-nés au milieu de la nuit.

Que signifie la plaie des ténèbres ?

Les plaies infligés à l’Égypte sont des « signes et des prodiges » (Exode, 7:3). Quel est le message porté par la neuvième plaie ? Nul doute que pour les Égyptiens ce message est très fort. En effet Ra, le soleil, est leur dieu suprême. Le Pharaon généralement associé à l’Exode est Ramses II. Ce nom signifie « fils du soleil ». Pour les Égyptiens, l’aube consacrait le triomphe de Ra sur le serpent démon Apophis, qui incarnait l’obscurité. La plaie de l’obscurité révèle alors l’impotence du dieu suprême des Égyptiens.

Comment la neuvième plaie, les ténèbres, s’inscrit-elle dans la progression des dix plaies ? En quoi les ténèbres constituent-elles une menace ? Après tout, alors que les Égyptiens ne pouvaient rien faire contre les autres plaies, on pourrait imaginer que face à l’obscurité, ils auraient pu allumer des lumières. Or le texte nous dit que pendant trois jours, nul ne se voyait alors que les Israélites avaient de la lumière dans leurs demeures.

Et si les Égyptiens avaient été incapables d’allumer des lumières ?

Cette obscurité a en effet une dimension spirituelle et psychologique. Le texte nous dit que les Égyptiens ne voient pas leurs frères, qu’ils ne peuvent pas se lever. En quelque sorte, ils sont plongés dans une profonde dépression. On peut les imaginer au fond de leur lit, incapables de bouger, incapables de sortir d’eux-mêmes pour considérer l’autre, incapables d’aller vers la vie.

L’obscurité a aussi envahi les Israélites mais il y a une lumière dans leur demeure. À l’obscurité synonyme de destruction et de mort chez les Égyptiens, semble s’opposer une obscurité qui contient une forme d’espérance. C’est au milieu de la nuit que les Hébreux vont quitter l’Égypte et l’esclavage.

Passer des ténèbres à la lumière

Dans son commentaire sur ce verset, Nahum Sfarna rappelle que les Sages définissent l’aube comme le moment « où l’on peut distinguer le visage d’un ami » (TB, Berakhot 9b). Il s’agit d’une discussion du Talmud portant sur le moment à partir duquel on peut dire les prières du matin. Lorsqu’on peut voir l’autre et le reconnaître comme son prochain, alors l’obscurité commence à se lever. On peut commencer à grandir, à se développer spirituellement.

La journée juive a cette caractéristique de commencer à la tombée de la nuit. On accueille la journée alors que le soir tombe, comme si dans l’obscurité, nous cherchions à détecter la lumière à venir, une espérance qu’il nous revient de transformer. Dans la prière du soir, nous disons notre confiance en Dieu qui nous protège dans la nuit.

L’histoire de la sortie d’Égypte rappelle qu’on ne peut pas échapper à l’obscurité mais que de la nuit peuvent venir de nouveaux commencements.

« Il n’y a pas de plus grande lumière que celle qui émerge de l’obscurité la plus profonde » (Zohar, 2:184)

 

Photo © Jana Konrádová